Elle domine l’entrée
du Bassin d’Arcachon, devant un horizon bleu infini,
et permet, depuis son sommet, une incroyable lecture de
paysage. Véritable « montagne » de
sable entre deux immensités colorées, le
bleu de l’océan Atlantique et le vert de
la forêt usagère de la Teste, on découvre à
sa base des bancs de couleur jaune en forme de petits îlots paradisiaques;
ils donnent un sentiment d’exotisme, tels des terres lointaines
comme l’Océanie ou les Caraïbes. C’est ici que
le sable finit son parcours, après un long cheminement depuis
les montagnes, entre rivière, estuaire, plage et banc
de sable.
La dune du Pilat conclut la dynamique des
forces, qui pousse les sédiments vers sa base, avant
de les « avaler » dans ses soixante millions de
mètres cubes. Avec la pointe du Cap Ferret et le
Banc d’Arguin, elle est dite « géologie
active », comme dans certains déserts, où
le substrat et la géographie bougent au jour le jour.
Cette dynamique complexe et fragile suscite l’attention
de tous.
La dune du Pilat permet de reconstituer 3000 ans d’histoire,
selon quatre périodes bien distinctes, marquées par
quatre paléosols principaux:
Au post glacière, il y eut d’abord une forêt de
Pins sylvestres, où noisetiers, bouleaux, aulnes et saules,
caractéristiques d’un climat froid et continental,
proposaient abri et nourriture pour la faune locale.
Au boréal atlantique et sous-boréal, une petite dune
naturelle, de trois à quatre mètres de haut, retenait
des marais et un étang; tout au long de la transgression
Flandrienne, les sables reprirent leurs droits et les marais
disparurent sous les dunes paraboliques de vingt à
quarante mètres de haut, pendant que la
Forêt usagère de la Teste se développait
sous un climat plus humide.
Aux XVIIe et XVIIIe siècles, on assiste à l’une
des étapes les plus impressionnantes, avec l’arrivée
massive de sable sur le littoral, où les dunes modernes ont complètement
enseveli – sous cinquante à soixante mètres de sable – les anciennes
dunes paraboliques, pour devenir la grande « dune de la Grave ».
Le sable continua d’arriver et de converger vers la dune de la
Grave, laquelle finit par disparaître à son tour en laissant
une nouvelle dune plus à l’Est ; nommée dune du Pilat,
elle dépasse les 110 mètres de haut au début du siècle dernier.
Cette dune transversale culmine aujourd’hui entre 104 mètres au sud et 90 mètres plus au nord, et s’étale sur deux kilomètres et demi de long, pour cinq cents mètres de large. Le tout est en perpétuel mouvement, selon les aléas des vents qui travaillent et façonnent ses formes en permanence. Le sable, non fixé et vierge de plantation d’oyat, progresse d’un à cinq mètres par an vers le continent, sous la poussée des vents dominants. La dune du Pilat libère ainsi des vestiges et des témoignages du passé, ensablés depuis des centaines, voire des milliers d’années.
Au niveau du premier paléosol, avec le recul de la dune,
des blocs de lignite
apparaissent sur la plage, à l’endroit où
la nappe phréatique ferrugineuse coule à la rencontre de l’océan.
Vers le second paléosol – au niveau d’un paléosol
intermédiaire, entre dix et quinze mètres plus haut – des
traînées tourbeuses grises témoignent de la présence des marécages.
Des fragments de poteries – datant des «
Salines du Pilat » à l’Age de Fer – présents
entre douze et quinze mètres de haut, apparurent sur le côté ouest de la dune.
Sur le dernier paléosol, une cinquantaine de mètres plus
loin, et plus haut que les anciennes salines, des Pins maritimes furent
plantés sur les dunes modernes. Ensablés au XVIIIe siècle,
ces arbres se découvrent un peu plus chaque année, tout en restant droits;
certains possèdent encore des pots de résine accrochés à leur care.
La dune du Pilat est un formidable site archéologique, qui nous laisse régulièrement les témoignages d’un passé culturel authentique où l’on découvre un substrat de sable riche de vie et d’histoire.
Thèmes connexes :
La formation du Bassin d'Arcachon