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Balade naturaliste au coeur du Bassin d'Arcachon

Les migrations animales

Les terrains boisés, les jardins et la pinède abritent de nombreux arbousiers, robiniers et mimosas, pour le plus grand bonheur des oiseaux. Dès le printemps, toutes les grandes familles de passereaux sont ici réunies, sous le regard de l’élégante Huppe fascié et du Pic vert, de passage sur nos latitudes.
Pour survivre et élever leur progéniture, les oiseaux migrent instinctivement en quête de meilleures conditions. Ils fuient le grand froid ou les grosses chaleurs vers des latitudes plus modérées. Pour voyager de la sorte, ils se repèrent en plein jour selon le soleil et le relief, en suivant les montagnes ou les côtes découpées du littoral européen. Nombre d’entre eux voyagent dans l’obscurité en se servant des étoiles; on pense qu’ils seraient munis d’une boussole interne sensible au magnétisme terrestre. Après avoir traversé l’estuaire de la Gironde et survolé la « Pointe de Grave », les oiseaux du nord de l’Europe volent en direction du détroit de Gibraltar et de l’Afrique. Ils longent la presqu’île vers le sud, et arrivent à l’extrême pointe du Cap Ferret où ils traversent l’entrée du Bassin d’Arcachon, avant de continuer vers les Pyrénées. Pour réussir cette épreuve annuelle, il leur faudra traverser les Pyrénées, la Méditerranée et le désert du Sahara. Certains s’arrêteront avant, car leur voyage se termine en Espagne, au Maroc ou d’autres destinations méditerranéennes; c’est là qu’ils trouveront les conditions optimales pour hiverner.

Spatules blanches, héron cendré et aigrettes garzettes au domaine de Certes Bien des espèces animales arrivent ici pour retrouver de meilleures conditions de vie. Chaque automne, la majestueuse Spatule blanche arrive, depuis l’Europe du Nord, pour hiverner vers le fond du Bassin; on peut l’observer, entre autres, dans les zones endiguées du domaine de Certes. Elle se nourrit en fouillant les eaux avec son long bec – large et aplati sur l’extrémité – qu’elle balance latéralement, en le laissant ouvert. Elle se déplace ainsi sur ses longues « échasses », et dès qu’elle sent une proie, elle referme aussitôt son bec. Ce réflexe est l’un des plus rapides du monde animal. Par ailleurs, une population assez nombreuse de Cigognes blanches, en provenance du Portugal, niche régulièrement au parc ornithologique du Teich, et vient, aux cotés des Grandes aigrettes et des spatules, embellir le fond du Bassin.

Chevaliers gambettes Les rapaces* sont nombreux à croiser par ici; ils profitent des courants chauds pour traverser les Pyrénées, accompagnant leurs proies lors de la migration. Le plus facile à observer est le Milan noir, un charognard sombre à la queue en forme de « V », qu’il manipule, tel un gouvernail, jusqu’à 90°. Après un long voyage depuis le Moyen-Orient et l’Afrique équatoriale, il est l’un des premiers arrivés et sillonne le bord des routes, les prairies et les fossés à la recherche de sa nourriture.
La Buse variable, présente toute l’année, voit, depuis son perchoir, ses congénères lui voler au-dessus, tandis qu’elle reste vigilante sur son affût, prête à fondre sur une proie. De nombreux faucons et busards survolent la forêt, tandis que le Balbuzard pêcheur guette ses victimes au-dessus des étangs. Le grand Circaète Jean le blanc, rapace chasseur de serpents, est plus difficile à observer car il plane à des hauteurs parfois assez élevées. Quand les grues et les oies arrivent à leur tour, en direction du sud – bien après les rapaces –, l’hiver se profile, et les chants vont s’estomper en attendant le prochain printemps.

Certains papillons, dont le Vulcain ou la Belle dame, ainsi que de nombreuses libellules, prolongent leur existence à la fin de l’été, cherchant davantage de soleil vers le sud. Au printemps, les tortues marines suivent, jusqu’au niveau de nos côtes, les méduses qui se laissent porter entre deux eaux par le Gulf Stream.
En plein hiver, ce sont les civelles** qui viennent nous rendre visite; elles ont besoin de l’eau douce des rivières européennes pour vivre leur phase d’adulte. Elles se regroupent devant les estuaires, avant de remonter les cours d’eau pour terminer leur croissance. Elles sont alors pêchées avec des filets à fines mailles le long du canal des Etangs et de l’estuaire de la Gironde. D’autres poissons, comme les rougets, passent chaque année pour se reproduire dans le Bassin d’Arcachon; la progéniture de ce dernier, le fameux « vendangeur », quitte l a lagune fin septembre, dès les premiers refroidissements des eaux du Bassin.
Tous ces flux d’animaux en « transhumance » sous nos latitudes – poissons, insectes et oiseaux – savent parfaitement où trouver de meilleures conditions de vie, soit pour se reproduire et élever leurs petits, soit tout simplement pour survivre.

* Voici une liste des différents rapaces que l’on peut observer sur Le Bassin :
Les migrateurs:

Faucon hobereau (Falco subbuteo), Faucon émerillon (Falco columbarius), Faucon crécerelle (Falco tinnunculus), Faucon pèlerin (Falco peregrinus), Busard cendré (Circus pygargus), Busard Saint Martin (Circus cyaneus), Bondrée apivore (Pernis apivorus), Milan noir (Milvus migrans), Milan royal (Milvus milvus), Balbuzard pêcheur (Pandion haliaetus), Circaète Jean le blanc (Circaetus Gallicus), Autour des palombes (Accipiter gentilis), Hibou des marais (Asio flammeus), Hibou moyen-duc (Asio otus).

Les sédentaires:

Buse variable (Buteo buteo), Epervier d’Europe (Accipiter nisus), Chouette hulotte (Strix aluco), Chouette chevêche (Athene noctua), Effraie des clochers ou Dame blanche (Tyto alba).

** Civelles ou « pibales » :

Ce sont de jeunes anguilles qui nous arrivent de la mer des Sargasses dans les Caraïbes, où les anguilles adultes se reproduisent avant de mourir.

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