Le ramassage des huîtres et la
« pêche
aux canards »* sur les vasières, étaient au
Moyen Âge des activités saisonnières très
attendues par les familles, pour améliorer le quotidien modeste
des gens de mer. A la suite de la découverte du maçon
testerin Michelet**, en 1866, l’ostréiculture va devenir
rentable et se développer sur tout le Bassin d’Arcachon,
pour atteindre en 1882 son âge d’or, avec quatre mille
parcs et deux cent soixante-dix millions d’huîtres
produites. L’ostréiculture est une activité
agricole difficile, qui connut des déboires, dont
deux épidémies successives. La profession
faillit disparaître à plusieurs reprises,
malgré l’arrivée de l’huître
creuse portugaise (Crassostrea angulata), introduite accidentellement
dans l’estuaire de la Gironde en 1858, puis dans le Bassin d’
Arcachon à partir de 1903. Elle remplaça l’huître
plate indigène (la gravette, Ostrea edulis, disparue en 1920) avant
de mourir à son tour, à la suite de deux épizooties d’origine
virale en 1967 et en 1971. Après avoir recherché l’huître qui
sauverait le Bassin d’Arcachon, l’huître creuse japonaise (Crassostrea gigas)
fut introduite, et sauva l’ostréiculture en assurant des stocks réguliers et
rentables, grâce à une croissance rapide.
Il est déconseillé d’élever des moules quand
on élève des huîtres, puisqu’elles possèdent
la même niche écologique et sont concurrentes directes. Les
moules sauvages présentes et fixées aux fonds des chenaux,
sont draguées et commercialisées selon une réglementation
et des quotas bien établis. La mytiliculture et le ramassage des autres
fruits de mer se pratique beaucoup plus en Bretagne (bulots et bigorneaux) ou
en Méditerranée (moules), de même pour les crustacés,
les algues et les salicornes. Le Bassin d’Arcachon est le premier producteur
européen de naissains*** (jeunes huîtres), et malgré des années
difficiles, il reste principalement axé sur l’ostréiculture. Aujourd’hui,
la pêche à pied – le ramassage des coques, des palourdes, des couteaux, des
vers de pêches, des étrilles et des crevettes – se pratique couramment,
mais seuls quelques professionnels possèdent une autorisation et en vivent.
* Pêche aux canards: pêche pratiquée sur les vasières à
marée basse à l’aide de filets tendus verticalement, pour attraper
les canards sauvages en halte migratoire. Cette pratique très lucrative
fut difficile à remplacer. Certains sont devenus gardiens des
nouveaux parcs à huîtres.
** Michelet: la découverte de ce maçon testerin, avec sa
préparation friable à base de chaux et de sable à étaler
sur les collecteurs, permit de débarrasser les supports des
jeunes huîtres (le détroquage) sans les blesser. Ensuite,
les huîtres sont mises dans des pochons spécialement adaptés
(sacs en mailles plastiques), leur permettant de grandir plusieurs années
dans les parcs avant d’être commercialisées.
*** Naissains : ensemble de très jeunes huîtres, d’
un élevage, à l’état larvaire. La laitance de l’huître
(les cellules mâles et femelles) se libère dans le milieu naturel lorsque la
température de l’eau atteint 16 à 22° du 15 juillet au 15 août.
Les cellules mâles et femelles se rencontrent pour former une larve qui cherchera instinctivement à se fixer sur un support pour continuer à grandir.
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